Il faut traverser l'océan et échouer à Barcelone pour comprendre pourquoi les vampires américains des BD Undergroud ont eu soudain autant de classe.
Dans les années 1950, Josep Toutain crée Selecciones Ilustradas, une agence destinée à vendre le talent des dessinateurs espagnols à l’étranger.
L’Espagne n’est alors pas exactement le centre mondial de la bande dessinée.
Qu’importe.
Toutain a compris quelque chose : si les éditeurs espagnols paient mal, les Anglo-Saxons, eux, ont besoin de dessinateurs.
Alors les jeunes artistes catalans travaillent. Et beaucoup.
Et dans tous les genres possibles et imaginables. Romance, aventure, western, science-fiction, fantastique, horreur… Ils apprennent à produire vite, proprement, et surtout à répondre aux exigences d’éditeurs étrangers.
Nous arrivons en 1970. Franchement inspiré, Josep Toutain prend l’avion pour New York avec une valise remplie de planches. Direction Warren Publishing, le légendaire éditeur de Creepy, Eerie et Vampirella. Or il se trouve que James Warren cherche justement des artistes capables d’alimenter régulièrement ses magazines qui rencontrent un vrai succès à l'époque. On est dans la BD Pulp Série Z et tout le monde adore.
Le mariage est plutôt réussi.Très réussi, même.
Et c'est ainsi que, dans les années qui suivent, les artistes de Selecciones Ilustradas vont fournir une part considérable du contenu des publications de Warren Publishing. Et c'est une génération entière qui va entrer dans l'histoire de la BD Underground US. Esteban Maroto, José Ortiz, Luis García, Auraleón, Josep Beà, Enric Torres, Pepe González et bien d’autres envahissent les pages américaines.
Certaines sources estiment que le matériel espagnol représente jusqu’à 70–80 % de certains numéros.
Et voilà le délicieux paradoxe : les histoires sont américaines, les scénarios arrivent de New York… mais un grand nombre de ces cauchemars fabuleux cauchemars sont est dessinés à Barcelone.
Un vampire ? Barcelone.Un démon ? Barcelone.Une créature qui sort d’une crypte pour terroriser une pauvre innocente ? Barcelone aussi.
L’Amérique avait Warren Publishing. Barcelone apportait les dessinateurs.
Et quand Pepe González s’empare de Vampirella, le personnage ne sera plus jamais tout à fait le même.
La « Barcelona Invasion » n’était pas une armée.
Juste une bande de dessinateurs extraordinairement doués, quelques tables à dessin, du café et beaucoup de travail.Et quelques bonnes doses de génie.
Sources :